Il y a des marques qui naissent dans des ateliers immaculés avec des moodboards minimalistes. Coucou Bébé 75018 est née dans le 18e arrondissement de Paris, entre Montmartre et Pigalle, avec pour seul capital une vision et une capacité à transformer ce qui existe en quelque chose d'improbable.
Kanoush : l'anonymat comme posture
Le créateur de Coucou Bébé 75018 s'appelle Kanoush. C'est à peu près tout ce qu'on sait sur lui avec certitude. Pas de pedigree Parsons ou Central Saint Martins annoncé, pas d'interview longue format, pas de backstory mise en scène pour la presse. Dans une industrie où la biographie du fondateur est souvent aussi travaillée que la collection elle-même, l'opacité de Kanoush est déjà une déclaration.
La marque prend racine en 2016 dans le 75018 — le code postal est dans le nom, ancrage géographique assumé. Le 18e, c'est Montmartre et sa colline touristique, mais aussi Barbès, La Chapelle, Clignancourt — un arrondissement de flux, de textile au kilo, de cultures qui se frottent. C'est un terreau naturel pour quelqu'un qui veut faire de la mode différemment.
Upcycling : la matière première comme critique
La méthode Coucou Bébé 75018 repose sur l'upcycling — récupérer des vêtements existants, les transformer, les détourner. Ce n'est pas de l'upcycling comme argument marketing écologique : c'est de l'upcycling comme geste artistique, comme commentaire sur la surproduction, comme refus de partir de zéro quand tout existe déjà.
Les pièces qui en résultent sont inclassables. Des références à la culture pop et aux médias de masse transformées en vêtements qui en disent beaucoup sur leur époque. Des théories du complot, du politique, de l'absurde — tout le registre de ce qui circule sous la surface de la culture mainstream.
« Chaque vêtement est une question posée à la culture. » — Coucou Bébé 75018
Le cercle des validations : A$AP, Rihanna, Sfera
Comment une marque sans show, sans département PR, sans budget communication sort de l'ombre ? Par ceux qui la portent. A$AP Rocky, l'un des curateurs de mode les plus influents de la planète, a été aperçu en Coucou Bébé avant que la plupart des journalistes de mode en aient entendu parler. Rihanna, Sfera Ebbasta, Chaelin — des figures qui ont en commun une capacité à détecter ce qui n'est pas encore visible.
Cette validation par les pairs plutôt que par les institutions de la mode est un modèle de distribution culturelle qui correspond parfaitement à l'esthétique de la marque. Coucou Bébé n'a pas besoin de Vogue pour exister. Elle a besoin des bonnes personnes au bon moment.
TESTOSTERONE : quand la mode rencontre le MMA
Automne-hiver 2025. Paris Fashion Week. Coucou Bébé 75018 présente son premier vrai défilé, sous le titre "TESTOSTERONE". Ce que le public découvre est difficile à catégoriser : des combattants de MMA entrent dans l'espace, des pièces de la collection sont présentées sur des corps qui n'ont pas l'habitude des catwalks, le tout articulé autour d'un manifeste sur l'identité, la masculinité et la rébellion.
Le show divise — c'est probablement le but. Il pose frontalement la question de ce qu'est un défilé de mode et à quels corps il s'adresse. Dans un système où les formats sont codifiés jusqu'à l'immobilisme, TESTOSTERONE est une entrée fracassante.
Distribution : Nubian Tokyo, Ithaki Paris
Coucou Bébé 75018 est disponible dans une poignée de retailers rigoureusement choisis : Nubian à Tokyo, Ithaki à Paris. Deux adresses qui partagent une approche du retail comme curation, pas comme distribution de masse. C'est cohérent avec une marque qui produit par nécessité artistique et non par impératif commercial.
Une marque à surveiller de près, et une des rares maisons parisiennes à rappeler que la mode peut encore être un acte politique dans sa forme même. À lire aussi : R.I.E.N., autre maison parisienne qui refuse les formules.

