Jun Takahashi n'a jamais cherché à être compris du premier coup. Sa marque, Undercover, porte ce principe dans son nom : la création comme activité clandestine, le vêtement comme message codé pour ceux qui savent lire.
Harajuku, 1990 : naissance d'une scène
Takahashi naît en 1969 à Kiryu, dans la préfecture de Gunma. Il rejoint le Bunka Fashion College de Tokyo au début des années 1990, où il rencontre NIGO — celui qui fondera A Bathing Ape. Ensemble, ils fondent Undercover en 1990, dans la culture Ura-Harajuku : un mouvement souterrain de mode japonaise qui se définit par l'exclusivité, le culte du vêtement rare et un rejet total du mainstream.
Takahashi est le chanteur d'un groupe de reprises des Sex Pistols — les "Tokyo Sex Pistols". Vivienne Westwood est son modèle déclaré. Cette filiation punk est immédiatement visible dans les premières pièces Undercover : graphismes abrasifs, coutures agressives, confrontations matière/forme que personne dans la mode japonaise contemporaine n'osait alors.
Paris, 2002 : l'invitation de Rei Kawakubo
Le tournant arrive en 2002, quand Rei Kawakubo de Comme des Garçons invite Takahashi à présenter à la Paris Fashion Week. Le défilé SS03 est un choc. La presse mondiale découvre une vision qui ne ressemble à rien de ce qu'elle connaît : pas le luxe japonais raffiné d'un Yohji Yamamoto, pas le constructivisme géométrique de CDG, mais quelque chose de plus viscéral, plus littéraire, plus violent.
Depuis, Undercover présente à Paris chaque saison. Les collections sont construites autour de référentiels culturels précis — l'œuvre de Stanley Kubrick, "Shining" comme collection complète, des explorations de la psychologie jungienne, des réinterprétations de mythes nordiques. Chaque saison est un chapitre d'une œuvre plus large.
« La mode n'est pas séparée de l'art. Si vous faites quelque chose avec sincérité, c'est de l'art. » — Jun Takahashi
Le dualisme comme méthode
Le fil conducteur de tout le travail de Takahashi est la dualité : chaos et élégance, destruction et beauté, underground et haute couture. Ses silhouettes peuvent passer d'une pièce déconstruite à une tailleur d'une précision millimétrique dans la même collection. Ses imprimés graphiques — souvent d'une violence visuelle calculée — contrastent avec des finitions artisanales irréprochables.
C'est un équilibre que très peu de créateurs savent maintenir sur la durée. Undercover le maintient depuis plus de trente ans sans jamais se répéter et sans jamais non plus se diluer dans une version grand public.
Undercover est disponible sur undercoverism.com et dans les retailers spécialisés en mode japonaise et avant-garde internationale.
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