Il faisait près de quarante degrés sur Paris cette semaine-là. La plupart des maisons ont avancé leurs horaires pour fuir la fournaise de l'après-midi. Rick Owens, lui, a fait de la canicule le sujet même de son défilé. « Stone » est une collection écrite sous la chaleur, et qui répond à la chaleur par l'ingénierie autant que par le style.

adidas, sept ans après

L'annonce était attendue, le résultat l'était moins. Pour la première fois depuis 2017, Rick Owens collabore de nouveau avec adidas. Le geste n'a rien d'anecdotique : le créateur avait été l'un des premiers à transposer le sportswear allemand dans le vocabulaire du luxe sombre, bien avant que les passerelles ne se couvrent de sneakers. Reprendre le fil aujourd'hui, c'est rappeler qui a ouvert la porte.

Au cœur du dispositif, le survêtement Climacool d'adidas, réinterprété dans la grammaire Owens : volumes amplifiés, drapés architecturaux, palette de pierre et de cendre. Le sportswear n'est pas cité, il est digéré, transformé en quelque chose de cérémoniel.

Des silhouettes climatisées de l'intérieur

La trouvaille de la saison tient en un mot : gonflable. Plusieurs silhouettes intègrent des ventilateurs miniatures, créant un système de climatisation personnel. Portées avec un gilet réfrigérant, elles soufflent un air frais sur celui qui les revêt, transformant la contrainte de la canicule en proposition de mode à part entière.

On pourrait n'y voir qu'un coup d'éclat. Ce serait mal connaître Owens, chez qui chaque outrance cache une logique. Le vêtement gonflé devient une carapace, une bulle d'air entre le corps et un monde devenu invivable. La mode comme survie : le thème traverse son œuvre depuis trente ans, il prend ici une forme presque littérale.

La mode comme survie. Chez Rick Owens, l'outrance n'est jamais gratuite : elle est toujours une réponse à un monde devenu invivable.

La cohérence d'un empire indépendant

Ce qui frappe, défilé après défilé, c'est la continuité. À plus de soixante ans, Rick Owens reste l'un des rares créateurs à détenir l'intégralité de sa maison, sans conglomérat ni fonds d'investissement. Cette indépendance lui permet précisément ce genre de paris : une collection bâtie autour d'une idée folle, sans comité marketing pour l'édulcorer.

« Stone » confirme ce que la saison parisienne murmurait déjà : les maisons les plus libres sont celles qui n'ont de comptes à rendre qu'à elles-mêmes. La collection sera disponible sur rickowens.eu et chez les meilleurs détaillants indépendants.

À lire aussi : notre portrait de Rick Owens, l'architecture du corps comme manifeste, et notre rencontre avec R.I.E.N., maison parisienne qui partage ce même refus du compromis.